Chers Amis,
Je voudrais tout d’abord remercier le CRLDHT pour son invitation et son Président, Kamel JENDOUBI.
I - Quel bilan peut-on faire du processus de Barcelone ? - du partenariat euro méditerranéen (PEM) - qui avait pour objectif principal de faire du bassin méditerranéen une zone de dialogue, d’échanges et de coopérations en vue de garantir la Paix, la stabilité et la prospérité ?
10 ans après, les espoirs fondés sur le processus de Barcelone sont largement déçus et la responsabilité en revient pour l’essentiel à l’Europe.
En effet, l’Union Européenne a fait le choix de généraliser des accords de libre échange - aligné sur les pratiques de l’OMC et sur les institutions de BRETTON WOODS - dans le cadre de plans « d’ajustements structurels » imposés par le FMI et la Banque Mondiale.
En clair, ça s’est traduit par le démantèlement programmé des services publics et d’Etat au profit du privé et du libéralisme.
C’est la suppression des barrières douanières et donc de toute protection vis-à-vis des importations industrielles de l’union. Concrètement, la perte des recettes douanières obère de 20% en moyenne les ressources des Etats, et comme la compétitivité des productions locales est nettement insuffisante pour affronter la concurrence, les produits européens entrent librement sur les marchés jusque là protégés, et c’est, par voie de conséquence, l’écroulement des productions locales.
Résultat, c’est l’ensemble des systèmes économiques et sociaux des pays de la rive Sud qui s’est fragilisé, déstructuré.
De plus, l’émergence des grands pays d’Asie tels l’Inde et surtout la Chine et leur intégration dans l’OMC, s’accompagnant, dans le domaine du textile, de la suppression de l’Accord sur les Textiles et les Vêtements (ATV), a changé la donne économique ces derniers mois et menace les industries du Maroc, de la Tunisie, de l’Egypte ou de la Turquie dont les coûts de production sont supérieurs (entraînant des délocalisations).
Concernant le volet de « partenariat » qui se fixait comme but de « définir un espace commun de paix et de stabilité » en limitant les conflits et en coordonnant la lutte contre les mouvements politiques radicaux pour prévenir le terrorisme, on sait ce qu’il en est : impasse du dossier israélo-palestinien, guerre en Irak, situation de grande instabilité au Liban et la Syrie désignée comme prochaine cible par G.W. BUSCH.
Et, alors que ce 1er volet, ambitionnait la promotion des Droits de l’Homme, le développement de la démocratie et l’instauration d’Etats de droits, la liberté de la pensée...etc... il est difficile de penser, aujourd’hui, que ce « partenariat » ait contribué à améliorer la situation.
L’inclusion de clauses explicites relatives au respect des droits de l’homme et des principes démocratiques dans les Accords d’Association qui lient l’Union européenne et ses Etats Membres à des Tiers, n’a pas permis une démocratisation des Etats partenaires.
L’article 2 des Accords d’Association prévoit de faire du « respect des principes démocratiques et des droits de l’Homme un élément essentiel » de leurs relations, mais, en réalité, ce fameux article n’a qu’une portée déclaratoire.
Les Etats de la rive Nord n’ont manifestement pas une volonté suffisante de mise en oeuvre des clauses de Droits de l’Homme.
Le « partenariat » apparaît donc avant tout comme un discours. Un discours raisonnable, mais dont les ambitions affichées ne sont jamais réalisées.
Et de plus, il convient de souligner que dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001 à New-York, les logiques sécuritaires se sont accrues. (situation en Algérie/terrorisme, attentat de Djerba)
La lutte contre le terrorisme a depuis été érigée en priorité absolue. Les différents pouvoirs des pays partenaires se sont saisis de l’occasion pour multiplier les restrictions et les violations des libertés civiles, sous couvert de lutte contre l’islam radical.
II - Quel avenir pour ce partenariat euro méditerranéen ? Au moment où les Français et les néerlandais viennent d’exprimer un « NON » massif au projet de Constitution européenne ?
Au moment où Bruxelles s’interroge sur la suite à donner, la question qui se pose aujourd’hui est la suivante : quelle Europe avons-nous besoin ?
Les Françaises et les Français qui ont voté « NON » dans leur très grande majorité ont exprimé non seulement leur rejet de la construction libérale de l’Europe, mais aussi leur volonté de voir construire une autre Europe, une Europe démocratique et sociale. Une Europe au sein de laquelle les êtres humains doivent devenir la priorité.
Cette volonté est largement partagée par les citoyens des autres pays de l’Union européenne et elle répond à l’attente des peuples des pays du Sud.
La très forte participation et l’appropriation par les citoyens des enjeux européens constituent une victoire de la démocratie participative qui en appelle d’autres.
La mobilisation de ces derniers mois dans l’unité doit se poursuivre pour faire respecter le choix des citoyennes et des citoyens.
Ensemble, nous devons agir en faveur d’une autre Europe et pour un autre partenariat euro méditerranéen, les deux étant complémentaires.
Nous devons nous saisir de cette opportunité pour construire une Europe solidaire, ouverte, tournée vers le monde, attachée à nouer des coopérations avec les autres pays. Une Europe qui s’engagerait dans une démarche de co-développement durable et responsable. Une démarche qui serait à l’opposé des logiques actuelles de l’OMC et de l’AGCS.
Une Europe qui ne se contenterait pas de « résolutions » et de discours généreux, mais qui permettrait concrètement un rééquilibrage Nord/Sud. C’est nécessaire et c’est possible.
L’Europe ne peut renforcer sa sécurité par des politiques sécuritaires et migratoires. Les pays méditerranéens de la rive Nord comme ceux de la rive Sud ont besoin d’un vrai partenariat qui ne se réduise pas à des accords de libre échange. Nous avons besoin d’une zone de prospérité partagée.
Bruxelles, le 2 juin 2005